Semaine économique de la Méditerranée : les infrastructures, clé du développement économique et social

https://destimed.fr/Semaine-economique-de-la-1227

Bloc hétérogène, la zone du MENA présente cependant une continuité d’importants besoins en termes d’infrastructures. Comment les satisfaire, sachant que les entreprises locales ne pourront pas tous les combler, et comment les financer ? Le Forum économique, qui s’est tenu à la Villa Méditerranée à Marseille, s’est penché jeudi sur cette problématique…

L’attaque du Bardo à Tunis Un acte de barbarie inouïe

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A l’occasion d’un voyage de presse organisé par l’Office National du Tourisme Tunisien, nous avions programmé une rencontre avec Abderahmane Belgat, expert en tourisme de renommée mondiale. Nous avions envisagé des thèmes divers relatifs notamment à la situation du tourisme dans la méditerranée occidentale et, en particulier les perspectives de son développement en Tunisie et en Algérie.

La rencontre a bien eu lieu. Mais c’était au lendemain d’un attentat terroriste sanglant ayant fait plus d’une vingtaine de victimes parmi les touristes visiteurs du Musée du Bardo de Tunis. Le sujet de nos discussions a fatalement changé pour porter sur cet événement qu’Abdou Belgat qualifiera de « barbare ».

Tourisme Magazine : Votre première réaction suite à l’attaque terroriste au musée «le Bardo» de Tunis ?

Abdou Belgat : La vielle, le 17 Mars, nous étions dans un environnement extrêmement constructif et positif par la planification d’opérations concrètes de développement hôtelier, maitrisées qui pouvaient permettre de croire en un avenir meilleur du tourisme et de l’hôtellerie en Tunisie. Lorsqu’il y a eu ce drame, nous sommes, nous peut être du côté algérien un peu plus sensibilisés par la dramatique. Il n’y a pas de mots pour qualifier cet acte barbare, un acte d’une violence inouïe. Car on quand parle d’une violence meurtrière, il n’y a pas de qualificatif. Alors on ne peut être qu’atterré, révolté et mobilisé à combattre ce fléau du Terrorisme, un poison contre le Tourisme.

Tourisme Magazine : Quel regard portez-vous sur ce drame ?

Abdou Belgat : Ce qui est aussi grave, c’est d’abord le lieu. Nous sommes dans le cœur du Tunis, dans le cœur névralgique. Il y a le parlement qui était également visé et puis le musée du Bardo . Je ne sais pas si les gens ont eu cette possibilité de visiter ce musée, je les y invite a le faire; c’est une merveille, une merveille d’histoire, une merveille de culture et le fait que l’on puisse y accéder avec autant de facilité, cela interpelle. Il y a carence. Donc aujourd’hui pour nous gens de tourisme – Tourisme qui veut dire la paix, la culture, l’échange, assister et se trouver dans une situation où l’émotion seule prend le dessus, je dis non. Je dis non car on ne doit pas se contenter de traiter uniquement des effets, des conséquences.

Tourisme Magazine : Quelles seraient les causes ?

Abdou Belgat : Les causes sont multiples. On est dans une barbarie qui devient incontrôlée, incontrôlable. Je ne parle pas évidement de ce qui s’est passé à Paris, à Copenhague ou ailleurs, comme au Yémen ou en Afrique Sud – saharienne.

Posons-nous les vraies questions en termes de causes.
Pour exemples: Qui a décidé et fait la guerre en Lybie ? Est-ce le peuple Tunisien et la Tunisie ? La réponse est non.
Qui a fait la guerre en Irak ? Est ce le peuple irakien ?La réponse est Non.
Les va t’en guerre, nous les connaissons. Personne n’en parle. Cela veut il dire qu’on est là en spectateurs et on subit?
Alors il y a des moments où nous, au nom de l’expertise – et là je parle en tant qu’Expert de tourisme- on ne doit pas, à un moment donné, laisser faire les choses aussi loin que cela.
La Tunisie aujourd’hui est le seul pays , je dis bien le seul,qui subit d’une manière violente et meurtrière les causes de ceux qui ont décidé un jour de faire la guerre pour régler des comptes. Nous pouvons accepter le fait que l’on apporte «une assistance à personne en danger» mais il faut voir aussi réfléchir aux conséquences. Les Bernard Henry Levy, l’ex Président Sarkozy et les autres Va t’en guerre, devront bien un jour rendre des comptes. Qu’on nous explique pourquoi ils ont dit «on fait la guerre» et quel le scénario qu’ils ont dû imaginer après cette guerre.
Pour exemple et référence, On sait très bien qu’il y a plus de 457km de frontières poreuses autour de la Libye. On sait que l’économie informelle, le trafic d’armes et d’êtres humains fleurissent. Tout le monde le sait et on fait quoi… ?
La Tunisie a réclamé depuis un an, des moyens en termes de défense pour lui permettre de se préserver et d’assurer sa pleine sécurité. On les lui a donne ? Non.
Aujourd’hui tout le monde crie au scandale.

L’Algerie a été un pays meurtri par le terrorisme, mais qui, pendant les années noires, a assisté, aidé, soutenu ce pays ? Personne ou pas grand monde sur le plan international.
Aujourd’hui on découvre ce qu’est le terrorisme, ce visage haineux et odieux qui ose sans scrupule se nourrir du religieux.
Donc, la réaction c’est de dire qu’on est entrain de tuer notre secteur d’activité. Car si La guerre peut être source de progrès, c’est le premier secteur d’activité qui génère beaucoup d’argent, il n’est pas celui qui crée le plus d’emplois.

Tourisme Magazine : Revenons au tourisme…

Abdou Belgat : C’est notre secteur d’activité qui crée le plus d’emplois, directs et indirects. Je dis aujourd’hui, avec ce qui vient de se passer, que l’Europe ne doit pas se contenter d’apporter des formules de soutien et de solidarité accompagnées de quelques actions d’ordre symbolique.
De mon point vue,l’année touristique 2015 sera très difficile pour la Tunisie.
Un touriste est un double investisseur :
1-il investit son argent. Ce sont ses fonds propres et non ceux de la société qui lui payent son billet ou son séjour. Il économise, il travaille pour cet investissement.
2- Il investit son temps, et celui de son entourage.
Pour le touriste, donc, tout est lié à l’argent et temps.
Il est grand temps de faire évoluer la définition d’un Touriste, car ce même touriste est aussi un investisseur. Pour les pays qui ont envie de se développer dans le tourisme, il est grand temps qu’ils revoient un petit peu leur copie et de ne plus se focaliser essentiellement sur les flux,le nombre de nuitées …… Et dans ce sens là, ce qui vient de se passer en Tunisie de mon point de vue, est dramatique.

Tourisme Magazine : Comment percevez-vous les premières réactions à l’échelle internationale? Vous y décelez plutôt de sympathie ou de la frayeur ?

Abdou Belgat : J’analysais récemment une statistique qui est passée sur les grandes chaines internationales, la première réaction est la colère.
Jusqu’à quand laisserait-on des criminels se structurer, s’organiser impunément ?. Qu’on ne vienne pas nous dire qu’on n’a pas la capacité et la possibilité de les éradiquer. On ne peut pas dire ça. C’est faux. Il suffit qu’il y ait une véritable volonté politique cordonnée. L’Algérie, seule, a assumé. Je dis bien seule. alors que l’on ne vienne pas nous dire aujourd’hui que sur plan mondial, cela est difficile.
Nous risquons d’autres attentats meurtriers car nous avons à faire à des mini groupuscules. Notons par exemples, ce que quelques fous criminels à Paris, Tunis ont été capables de faire en tuant des innocents: détruire des familles, faire venir une gamme de chefs d’Etat qui se précipitent les uns derrière les autres pour se montrer ou pour faire compagne etc….
C’est bien qu’il y ait cette forme de solidarité, mais est ce suffisant?

Tourisme Magazine : Quelles mesures prendre selon vous pour éviter que la saison soit un ratage complet ?

Abdou Belgat : Monsieur Seba, vous êtes un homme qui a la compréhension, l’analyse des flux touristiques. Je viens de dire il y a un instant que le touriste peut être considéré comme un double investisseur en termes d’argent et en termes de temps. Mettons nous a la place de ce père de famille qui travaille et économise pendant 11 mois. Ne pensera-t-il pas à se retrouver en famille en toute sérénité et profiter de son temps et de son argent?

Tourisme Magazine : Oui mais il y a aussi l’acte solidaire qui veut qu’on ne doit pas se laisser faire par ces obscurantistes sanguinaires…

Abdou Belgat : Soyons objectifs et ne jouons pas sur les mots. Vous savez quand vous prenez un chéquier et que vous commencez a signer, vous réfléchissez quand même a deux fois .
Vous consultez les sites professionnels, vous écoutez ce qui se dit autour de vous , vous notez la réaction des enfants, la perception de la famille etc…. Donc c’est difficile.
La saison de mon point vue est compromise. Je suis affligé de le dire. Si on compte sur la solidarité internationale pour dire « tel ou tel va venir seulement par solidarité », moi, je n’y crois pas.
La démonstration des faits est que le touriste voyagera tout le temps et ne se cantonnera pas chez lui mais avant de dire «je vais vers tel endroit» il va choisir parmi plusieurs destinations. Or, vous savez mieux que quiconque, aujourd’hui les propositions de séjours affluent, de nouvelle destinations se positionnent, la Croatie, la Turquie. Les destinations de référence, hier fatiguées, aujourd’hui se relancent comme la Grèce, L’Espagne, et d’autres. La concurrence est dure et rude, car aujourd’hui ce n’est pas uniquement le prix qui conduit au choix final de la destination.
D’autres paramètres importants sont à retenir, la stabilité du pays et de la Région, la sécurité, l’accueil et la qualité du service, l’environnement etc… C’est plein de choses qui vont autour car tout simplement dans ce monde qui bouge très vite ou trop vite , les structures socio-mentales du touriste ont fondamentalement changé.

Tourisme Magazine : Comment aider la Tunisie ?

Abdou Belgat : Si on me dit comment peut-on aider la Tunisie, c’est très simple.
Il est clair que les touristes seront hésitants à venir en Tunisie, après cet attentat meurtrier.Nous devons l’avouer,la situation est bien plus complexe. L’ Image,la Notoriété d’une Nation ont été durement affectés. Il ne s’agit pas d’un seul secteur d’activités, soit il régalien.
Aujourd’hui, j’invite l’Union Européenne à dépasser le cadre des promesses et passer à l’action par des engagements concrets et durables.
Nous estimons enregistrer pour 2015 un recul de l’ordre de deux millions de touristes; en considérant 500 euros en moyenne de dépenses séjour par personne, cela nous donnera 800 millions à Un milliards d’euros de préjudice. l’Union européenne qui a donne des milliards d’euros pour sauver la Grèce ou l’Espagne ne peut elle pas aider la Tunisie ! Un pays voisin, stratégique pour le Bloc Euro méditerranée et considéré de nos jours : »Partenaire privilégié ».
Ma proposition est que l’Union Européenne fasse une donation à la Tunisie sous forme de compensation pour les préjudices qu’elle a subi dans sa démarche d’ouverture vers la démocratie.
Ce montant, une fois accordé, sera injecté dans le secteur du tourisme sous forme de Programmes de restructuration, de remise à niveau, de rénovation de musées, de centres d’accueil, de formations etc…. Les Chantiers sont nombreux et importants pour gagner la confiance et assurer la stabilité d’un pays, d’une Région, d’une Zone.
Gérée directement par l’UE aux côtés de la plus haute autorité de l’Etat, avec l’assistance des grandes institutions d’experts reconnues:AFEST, AMFORTH, OMT etc… Cette Donation représente une action concrète qui s’inscrit dans l’espérance d’un pays qui le mérite.

 

Entretien réalisé par Slimane Seba
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Abdou Belgat (expert international en tourisme)

 

 

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« L’Union Européenne doit faire une donation à la Tunisie sous forme de compensation pour les préjudices qu’elle a subie dans sa démarche d’ouverture vers la démocratie »

Diplômé de l’Université Paris Dauphine, Abdou Belgat est l’Ancien Ambassadeur du Groupe Accor & Directeur en charge des projets spéciaux Afrique-Moyen-Orient.Il est aujourd’hui Président-fondateur de B.C.Consulting (cabinet d’audit et d’expertise).Expert International, il est également le Vice-président de l’Association Francophone des Experts et Scientifiques du Tourisme(AFEST) et de l’Association Mondiale pour la Formation Touristique et Hôtelière (AMFORTH) Abdou a bien voulu analyser la situation du tourisme tunisien à la veille de la haute saison touristique

Tout d’abord comment évaluez-vous 2015 ?
De mon point vue,l’année touristique 2015 sera très difficile pour la Tunisie.Un touriste est un double investisseur. Il investit son argent. Ce sont ses fonds propres et non ceux de la société qui lui payent son billet ou son séjour. Il économise, il travaille pour cet investissement. Il investit son temps, et celui de son entourage. Pour le touriste, donc, tout est lié à l’argent et temps.Il est grand temps de faire évoluer la définition d’un Touriste, car ce même touriste est aussi un investisseur. Pour les pays qui ont envie de se développer dans le tourisme, il est grand temps qu’ils revoient un petit peu leur copie et de ne plus se focaliser essentiellement sur les flux,le nombre de nuitées …… Et dans ce sens là, ce qui vient de se passer en Tunisie de mon point de vue, aura des répercussions sur ce secteur vital du pays.

Avant la sécurité, faut –il investir dans l’environnement et l’innovation du parc hôtelier ?
Bien entendu. Ces deux chantiers sont à mener conjointement. L’environnement est un chantier permanent qui implique tout le monde, à commencer par les citoyens. L’hygiène, la propreté, la protection et la valorisation du patrimoine, la protection d’écosystèmes sont des sujets qui ne sont pas négociables. Des politiques de sensibilisation existent, de nombreux pays, de grandes organisation mondiales les ont appliquées et réussies. La Tunisie en est capable mais surtout peut en être un exemple de référence. Le Parc hôtelier tunisien est, depuis les années 2000, en panne d’innovation, un record!!! La crise profonde qui frappe aujourd’hui, ce grand secteur régalien du pays en est une des conséquences. Or, dans un monde en perpétuel mouvement, toute absence de politique d’innovation conduit indubitablement vers le manque d’intérêt des consommateurs notamment dans le domaine du tourisme & de l’hôtellerie. L’innovation demande et exige de l’investissement, notamment: Recherche, Financement, Moyens .Sans Prospective, La Tunisie n’a pas su évaluer à temps les conséquences et les risques.

Les hôteliers n’ont pas de trésorerie. Les banques ne veulent pas leur accorder de crédits. Comment sortir de ce blocage ?
Nous venons de présenter une des causes, celle ci est une des réponses à votre question.Pour sortir de ce blocage, je ne vois qu’une seule sortie : la volonté politique et l’application des règles et lois du marché pour assainir ce secteur profondément malade.

Le produit tunisien est devenu le produit le moins cher en Méditerranée. Faut-il subir encore la pression des TO et brader les prix ?
Il est le moins cher certes, mais aujourd’hui le touriste exige plus. Le prix n’est plus la seule référence. Les TO s’inscrivent uniquement dans une démarche purement financière, leur pression d’obtenir plus ne doit surprendre ou émouvoir personne. Le Tourisme tunisien, aujourd’hui sérieusement affecté , ne se trouve pas dans une position confortable pour repousser ces assauts. Continuer de brader les prix dans un environnement difficile, sans réfléchir à une véritable vision pour ce secteur d’activités, aura pour prochaine étape de détériorer encore plus l’Image du Pays.

Pensez-vous que l’Occident, notre marché émetteur traditionnel, tourne le dos à la Tunisie ?
Je le crains sincèrement. Depuis 2011, nous constatons avec regret les errements des politiques de communication menées par les responsables en charge de ce secteur qui semblent avoir omis de comprendre les nouvelles tendances de ce marche important.A vouloir courir uniquement derrière des statistiques pour combler les vides était une erreur. Cela continue.

L’Algérie, est-ce une alternative pour limiter la casse ?
Oui, incontestablement. Mais attention, comme je l’ai indique à des Dirigeants du Pays et de ce secteur, encore récemment lors du SITEV ( 14 au 17 Mai) à Alger, le marché algérien aujourd’hui Premier marché émetteur avec plus de 1,2 millions de touristes ne peut être considéré comme  » roue de secours « .C’est un marché porteur et d’avenir pour la Tunisie; il doit mériter la plus grande attention de l’Etat, de son administration et de son peuple compte tenu des liens exceptionnels, historiques et fraternels entre les 2 Nations.Veiller au meilleur accueil notamment à leur arrivée aux postes frontaliers est une mesure urgente qui exige des moyens indispensables pour éviter des dérapages.

Comment la Tunisie doit communiquer en cette période de crise ?
Je n’ai pas de leçon à donner. Mais les erreurs de casting pour choisir le bon pilote disposant de toutes les aptitudes humaines et professionnelles dans ce secteur régalien, complexe et difficile, n’ont pas facilite la tache notamment avec les professionnels du secteur.L’AFEST ( Association Francophone des Experts & Scientifiques du Tourisme) et l’AMFORTH ( Association Mondiale Pour la Formation Touristique & Hôtelière ) se sont mobilisées en 2013 / 2014 pour apporter BÉNÉVOLEMENT leur savoir et savoir faire en cette période de crise.Vice Président de ces 2 Instances Internationales et mondiale, j’avais cru dans la volonté de la Ministre Karboul d’échanger au moins sur les 20 propositions de sortie de crise émises par l’AFEST. Nous avons assisté à une Communication de Selfies !!!!!

Le tourisme tunisien manque de vision et de visibilité. A qui incombe la faute ? Aux professionnels qui ne voient rien venir où à l’administration ?
Je confirme avec regret ce point et invite à revenir à l’origine de ce mal profond.
La Tunisie est un véritable pays touristique qui compte dans le bloc euro-méditerranéen qui regroupe 29 Pays. Il en est l’épicentre. Au vu de la nouvelle stabilité du Pays et de son entrée dans le Club restreint des Démocraties, Une Vision dotée de véritables politiques stratégiques s’impose aujourd’hui. De mon point de vue, cette vision ne peut être insufflée que par le plus haut sommet de l’Etat.

Quelles mesures prendre selon vous pour éviter que la saison soit un ratage complet ?
Je viens de dire il y a un instant que le touriste peut être considéré comme un double investisseur en termes d’argent et en termes de temps. Mettons nous à la place de ce père de famille qui travaille et économise pendant 11 mois. Ne pensera t il pas à se retrouver en famille en toute sérénité et profiter de son temps et de son argent?

Oui mais il y a aussi l’acte solidaire qui peut redynamiser les flux touristiques vers la Tunisie ?
Soyons objectifs et ne jouons pas sur les mots. Vous savez quand vous prenez un chéquier et que vous commencez a signer, vous réfléchissez quand même a deux fois .Vous consultez les sites professionnels, vous écoutez ce qui se dit autour de vous , vous notez la réaction des enfants, la perception de la famille etc…. Donc c’est difficile.La saison de mon point vue est compromise. Je suis affligé de le dire. Si on compte sur la solidarité internationale pour dire « tel ou tel va venir seulement par solidarité », moi, je n’y crois pas. La démonstration des faits est que le touriste voyagera tout le temps et ne se cantonnera pas chez lui mais avant de dire « je vais vers tel endroit » il va choisir parmi plusieurs destinations. Or, vous savez mieux que quiconque, aujourd’hui les propositions de séjours affluent, de nouvelle destinations se positionnent, la Croatie, la Turquie. Les destinations de référence, hier fatiguées, aujourd’hui se relancent comme la Grèce, L’Espagne, et d’autres. La concurrence est dure et rude, car aujourd’hui ce n’est pas uniquement le prix qui conduit au choix final de la destination. D’autres paramètres importants sont à retenir, la stabilité du pays et de la Région, la sécurité, l’accueil et la qualité du service, l’environnement etc… C’est plein de choses qui vont autour car tout simplement dans ce monde qui bouge très vite ou trop vite , les structures socio-mentales du touriste ont fondamentalement changé.

Comment aider la Tunisie ?
Si on me dit comment peut-on aider la Tunisie, c’est très simple. Il est clair que les touristes seront hésitants à venir en Tunisie, après cet attentat meurtrier. Nous devons l’avouer, la situation est bien plus complexe. L’ Image, la notoriété d’une Nation ont été durement affectées. Il ne s’agit pas d’un seul secteur d’activités, soit il regalien. Aujourd’hui,j’invite l’Union Européenne à dépasser le cadre des promesses et passer à l’action par des engagements concrets et durables. Nous estimons enregistrer pour 2015 un recul de l’ordre de deux millions de touristes; en considérant 500 euros en moyenne de dépenses séjour par personne, cela nous donnera 800 millions à un milliards d’euros de préjudice. L’Union européenne qui a donne des milliards d’euros pour sauver la Grèce ou l’Espagne ne peut elle pas aider la Tunisie ! Un pays voisin, stratégique pour le Bloc Euro méditerranée et considéré de nos jours : »Partenaire privilégié ».Ma proposition est que l’Union Européenne fasse une donation à la Tunisie sous forme de compensation pour les préjudices qu’elle a subie dans sa démarche d’ouverture vers la démocratie. Ce montant, une fois accordé, sera injecté dans le secteur du tourisme sous forme de Programmes de restructuration, de remise à niveau, de rénovation de musées, de centres d’accueil, de formations etc…. Les Chantiers sont nombreux et importants pour gagner la confiance et assurer la stabilité d’un pays,d’une Region,d’ une Zone.Gérée directement par l’UE aux côtés de la plus haute autorité de l’Etat, avec l’assistance des grandes institutions d’experts reconnues: AFEST,AMFORTH,OMT etc…Cette Donation représente une action concrète qui s’inscrit dans l’Esperance d’un pays qui le mérite.

Article tiré du Tourism News Tunisie : http://www.tourismnewstunisie.com/fr/abdou-belgat-expert-international-en-tourisme/

Abdou Belgat (expert international en tourisme) : « La volonté politique et l’application des règles et lois du marché pourront assainir ce secteur profondément touché »

« L’Union Européenne doit faire  une donation à la Tunisie sous forme de compensation pour les préjudices qu’elle a subie dans sa démarche d’ouverture vers la démocratie »

Diplômé de l’Université Paris Dauphine, Abdou Belgat est l’Ancien Ambassadeur du Groupe Accor & Directeur en charge des projets spéciaux Afrique-Moyen-Orient.Il est aujourd’hui Président-fondateur de B.C.Consulting (cabinet d’audit et d’expertise).Expert International,  il est également le Vice-président de l’Association Francophone des Experts et Scientifiques du Tourisme(AFEST) et de l’Association Mondiale pour la Formation Touristique et Hôtelière (AMFORTH) Abdou a bien voulu analyser la situation du tourisme tunisien à la veille de la haute saison touristique

Tout d’abord comment évaluez-vous 2015 ?

De mon point vue,l’année touristique 2015 sera très difficile pour la Tunisie.Un touriste est un double investisseur. Il  investit son argent. Ce sont ses fonds propres et non ceux de  la société qui lui payent son billet ou son séjour. Il économise, il travaille pour cet investissement.  Il investit son temps, et celui de son entourage. Pour le touriste, donc, tout est lié à l’argent et temps.Il est grand temps de faire évoluer la définition d’un Touriste, car ce même touriste est aussi un investisseur. Pour les pays qui ont envie de se développer dans le tourisme, il est grand temps qu’ils revoient un petit peu leur copie et de ne plus se focaliser essentiellement sur les flux,le nombre de nuitées …… Et dans ce sens là, ce qui vient de se passer en Tunisie de mon point de vue, aura des répercussions sur ce secteur vital du pays.

Avant la sécurité, faut –il investir dans l’environnement et l’innovation du parc hôtelier ?

Bien entendu. Ces deux  chantiers sont à mener conjointement. L’environnement est un chantier permanent qui implique tout le monde, à commencer par les citoyens. L’hygiène, la propreté, la protection et la valorisation du patrimoine, la protection d’écosystèmes  sont des sujets qui ne sont pas négociables. Des politiques de sensibilisation existent, de nombreux pays, de grandes organisation mondiales les ont appliquées et réussies. La Tunisie en est capable mais surtout peut en être un exemple de référence. Le Parc hôtelier tunisien est, depuis les années 2000, en panne d’innovation, un record!!! La crise profonde qui frappe aujourd’hui, ce grand secteur régalien du pays en est une des conséquences. Or, dans un monde en perpétuel mouvement, toute absence de politique d’innovation conduit indubitablement vers le manque d’intérêt des consommateurs notamment dans le domaine du tourisme & de l’hôtellerie. L’innovation demande et exige de l’investissement, notamment: Recherche, Financement, Moyens .Sans Prospective, La Tunisie n’a pas su évaluer à temps les conséquences et les risques.

Les hôteliers n’ont pas de trésorerie. Les banques ne veulent pas leur accorder de crédits. Comment sortir de ce blocage ?

 Nous venons de présenter une des causes, celle ci est une des réponses à votre question.Pour sortir de ce blocage, je ne vois qu’une seule sortie : la volonté politique et l’application des règles et lois du marché pour assainir ce secteur profondément malade.

Le produit tunisien est devenu le produit le moins cher en Méditerranée. Faut-il subir encore la pression des TO et brader les prix ?

Il est le moins cher certes, mais aujourd’hui le touriste exige plus. Le prix n’est plus la seule référence. Les TO s’inscrivent uniquement dans une démarche purement financière, leur pression d’obtenir plus ne doit surprendre ou émouvoir personne. Le Tourisme tunisien, aujourd’hui sérieusement affecté , ne se trouve pas dans une position confortable pour repousser ces assauts. Continuer de brader les prix dans un environnement difficile, sans réfléchir à une véritable vision pour ce secteur d’activités, aura pour prochaine étape de détériorer encore plus l’Image du Pays.

Pensez-vous que l’Occident, notre  marché émetteur traditionnel, tourne le dos à la Tunisie ?

Je le crains sincèrement. Depuis 2011, nous constatons avec regret les errements des politiques de communication menées par les responsables en charge de ce secteur qui semblent avoir omis de comprendre les nouvelles tendances de ce marche important.A vouloir courir uniquement derrière des statistiques pour combler les vides était une erreur. Cela continue.

L’Algérie, est-ce une alternative pour limiter la casse ?

Oui, incontestablement. Mais attention, comme je l’ai indique à des Dirigeants du Pays et de ce secteur, encore récemment lors du SITEV ( 14 au 17 Mai) à Alger, le marché algérien aujourd’hui Premier marché émetteur avec plus de 1,2 millions de touristes ne peut être considéré comme  » roue de secours « .C’est un marché porteur et d’avenir pour la Tunisie; il doit mériter la plus grande attention de l’Etat, de son administration et de son peuple compte tenu des liens exceptionnels, historiques et fraternels entre les 2 Nations.Veiller au meilleur accueil notamment à leur arrivée aux postes frontaliers est une mesure urgente qui exige des moyens indispensables pour éviter des dérapages.

Comment la Tunisie doit communiquer en cette période de crise ?

Je n’ai pas de leçon à donner. Mais les erreurs de casting pour choisir le bon pilote disposant de toutes les aptitudes humaines et professionnelles dans ce secteur régalien, complexe et difficile, n’ont pas facilite la tache notamment avec les professionnels du secteur.L’AFEST ( Association Francophone des Experts & Scientifiques du Tourisme) et l’AMFORTH ( Association Mondiale Pour la Formation Touristique & Hôtelière ) se sont mobilisées en 2013 / 2014 pour apporter BÉNÉVOLEMENT leur savoir et savoir faire en cette période de crise.Vice Président de ces 2 Instances Internationales et mondiale, j’avais cru dans la volonté de la Ministre Karboul d’échanger au moins sur les 20 propositions de sortie de crise émises par l’AFEST. Nous avons assisté à une Communication de Selfies !!!!!

Le tourisme tunisien manque de vision et de visibilité. A qui incombe la faute ? Aux professionnels qui ne voient rien venir où à l’administration ?

Je confirme avec regret ce point et invite à revenir à l’origine de ce mal profond.

La Tunisie est un véritable pays touristique qui compte dans le bloc euro-méditerranéen qui regroupe 29 Pays. Il en est l’épicentre. Au vu de la nouvelle stabilité du Pays et de son entrée dans le Club restreint des Démocraties, Une Vision dotée de véritables politiques stratégiques s’impose aujourd’hui. De mon point de vue, cette vision ne peut être insufflée que par le plus haut sommet de l’Etat.

Quelles mesures prendre selon vous pour éviter que la saison soit un ratage complet ?

 Je viens de dire il y a un instant que le touriste peut être considéré comme un double investisseur en termes d’argent et en termes de temps. Mettons nous à la place de ce père de famille qui travaille et économise pendant 11 mois. Ne pensera t il pas à se retrouver en famille en toute sérénité et profiter de son temps et de son argent?

 Oui mais il y a aussi l’acte solidaire qui peut redynamiser les flux touristiques vers la Tunisie ?

Soyons objectifs et ne jouons pas sur les mots. Vous savez quand vous prenez un chéquier et que vous commencez a signer, vous réfléchissez quand  même a deux fois .Vous consultez les sites professionnels, vous écoutez ce qui se dit autour de vous , vous notez la réaction des enfants, la perception de la famille etc…. Donc c’est difficile.La saison de mon point vue est compromise. Je suis affligé de le dire. Si on compte sur la solidarité internationale pour dire « tel ou tel va venir seulement par solidarité », moi, je n’y crois pas. La démonstration des faits est que le touriste voyagera tout le temps et ne se cantonnera pas chez lui mais avant de dire « je vais vers  tel endroit » il va choisir parmi plusieurs destinations. Or, vous savez mieux que quiconque, aujourd’hui les propositions de séjours affluent, de nouvelle destinations se positionnent, la Croatie, la Turquie. Les destinations de référence, hier fatiguées, aujourd’hui se relancent comme la Grèce, L’Espagne, et d’autres. La concurrence est dure et rude, car aujourd’hui ce n’est  pas uniquement le prix qui conduit au choix final de la destination. D’autres paramètres importants sont à retenir, la stabilité du pays et de la Région,  la sécurité, l’accueil et la qualité du service, l’environnement etc… C’est plein de choses  qui vont autour car tout simplement dans ce monde qui bouge très vite  ou trop vite , les structures socio-mentales du touriste ont fondamentalement changé.

Comment aider la Tunisie ?

 Si  on me dit comment peut-on aider la Tunisie, c’est très simple. . Aujourd’hui,j’invite l’Union Européenne à dépasser le cadre des promesses et passer à l’action par des engagements concrets et durables. Nous estimons enregistrer pour 2015 un recul de l’ordre de deux millions de touristes; en considérant 500 euros en moyenne de dépenses séjour par personne, cela nous donnera 800 millions à un milliards d’euros de préjudice.  L’Union européenne qui a donne des milliards d’euros pour sauver la Grèce ou l’Espagne ne peut elle pas aider la Tunisie ! Un pays voisin, stratégique pour le Bloc Euro méditerranée et considéré de nos jours : »Partenaire privilégié ».Ma proposition est  que l’Union Européenne fasse une donation à la Tunisie sous forme de compensation pour les préjudices qu’elle a subie dans sa démarche d’ouverture vers la démocratie. Ce montant, une fois accordé, sera injecté dans le secteur du tourisme sous forme de Programmes de restructuration, de remise à niveau, de rénovation de musées, de centres d’accueil, de formations etc…. Les Chantiers sont nombreux et importants pour gagner la confiance et assurer la stabilité d’un pays,d’une Region,d’ une Zone.Gérée directement par l’UE aux côtés de la plus haute autorité de l’Etat, avec l’assistance des grandes institutions d’experts reconnues: AFEST,AMFORTH,OMT etc…Cette Donation représente une action concrète qui s’inscrit dans l’Esperance d’un pays qui le mérite.

Kamel Bouaouina

Article tiré du journal « Le Temps »

http://www.letemps.com.tn/article/91610/%C2%AB-la-volont%C3%A9-politique-et-lapplication-des-r%C3%A8gles-et-lois-du-march%C3%A9-pourront-assainir